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Relations Etats-Unis-Afrique Subsaharienne

L’AGOA, un accord commercial structurant

L’AGOA (African Growth and Op- portunity Act), en français, la loi sur la croissance et les possibi- lités économiques en Afrique a été promulguée par le président Bill Clinton le 18 mai 2000. Sa portée est agrandie par les amendements faits par le Président G.W. Bush notam- ment l’AGOA II, promulguée le 6 août 2002, augmentant le nombre et le type de produits concernés par l’AGOA. Cette loi qui est la continuité de la loi de 1974 sur le commerce extérieur permet à près de 40 pays d’Afrique subsaharienne d’exporter vers les Etats-Unis des produits conformes à des normes définies par le Système généralisé de préférences (SGP) sans paiement de frais de douane et sans contingentement. L’AGOA qui a été reconduite en 2015 jusqu’en 2025, vise à soutenir les échanges commerciaux et économiques entre les Etats-Unis et ces pays d’Afrique subsaharienne en leur facilitant l’accès au marché américain s’ils suivent les principes de l’économie de marché, de la démo- cratie, de la bonne gouvernance et du respect des droits de l’Homme. Ainsi, les objectifs visés à travers l’AGOA sont l’accroissement des échanges commerciaux et des investissements entre les Etats-Unis et l’Afrique sub- saharienne, la diversification des éco- nomies africaines, la promotion d’une croissance économique soutenue, la réduction de la pauvreté et une meilleure intégration du continent africain dans l’économie mondiale. Le présent travail a deux objectifs. Premièrement, présenter l’impor- tance et les avantages de l’AGOA pour l’Afrique subsaharienne et les Etats-Unis. Deuxièmement, faire un bref bilan de l’AGOA et présenter les contraintes liées à cet accord com- mercial. I -L’AGOA, un important accord commercial pour l’Afrique sub- saharienne et les Etats-Unis En tant que programme commercial le plus important liant les Etats-Unis et l’Afrique subsaharienne, l’AGOA était considérée au moment de son lancement comme l’élément clé de la politique américaine de dévelop- pement envers le continent africain, dans laquelle le commerce est considéré comme un moteur essentiel de croissance et de dé- veloppement. 1 -L’importance de l’AGOA a) Pour les Etats-Unis L’AGOA permet aux Etats-Unis d’atteindre plusieurs objectifs géopolitiques notamment: -S’installer durablement en Afrique subsaha- rienne sur le plan commercial et économique ; -Sécuriser et diversifier les approvisionne- ments américains en pétrole pour réduire la dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient ; -Venir assurer des parts de marché aux en- treprises américaines ; - Développer les investissements directs en Afrique subsaharienne et aider au déve- loppement et à l’intégration des économies africaines au système économique mondial; - Imposer un modèle politique fondé sur la bonne gouvernance, le libre accès au marché, la lutte contre la corruption, la valorisation des droits syndicaux et la réduction de la pauvreté... b) Pour l’Afrique subsaharienne L’AGOA est importante pour les pays africains parce qu’elle permet : - L’institutionnalisation de la coopération économique en vue de renforcer les relations commerciales entre les Etats-Unis et les pays africains tout en encourageant ces derniers à entreprendre des réformes politiques et économiques pour favoriser leur croissance ; - L’accès des pays bénéficiaires au marché américain en franchise de douane et sans contingentement pour plus de 6 400 lignes de produits couverts par le SGP ; - L’amélioration de la sécurité pour ceux qui investissent dans les pays africains et qui commercent avec eux en leur garantissant le maintien pendant 8 ans des avantages liés au SGP ; - La suppression pour les pays africains, des limitations du SGP au titre de la préservation de la compétitivité ; - L’établissement d’un Forum de coopération commerciale et économique Etats-Unis/Afrique subsaharienne afin de faciliter les rencontres périodiques sur la politique commerciale et d’investissement ; - Le recours à l’assistance technique pour consolider les réformes et le développement économiques, notamment le renforcement des relations entre les entreprises américaines et les entreprises africaines... 2 -Les avantages de l’AGOA a) Pour les Etats-Unis Grâce à l’AGOA, les exportations américaines vers l’Afrique subsaharienne ont augmenté de 17% en 2007. En effet, l’AGOA a beaucoup bénéficié à la présence commerciale des Etats- Unis en Afrique subsaharienne. Au cours des quinze dernières années, la valeur des exportations américaines a triplé, passant de 5,6 milliards de dollars à 21,5 milliards de dollars entre 2001 et 2012. A titre d’exemple, chacun des 50 Etats américains a augmenté ses exportations vers l’Afrique subsaharienne en 2012. Certains Etats exportant pour un total de plus de 550 millions de dollars (Earl Gast, 2012). Selon des estimations de 2011, les exportations américaines vers l’Afrique subsaharienne ont créé plus de 100 000 emplois aux Etats-Unis (Chris Coons, 2013). b) Pour l’Afrique subsaharienne Les objectifs visés par les Etats africains à travers l’AGOA sont d’améliorer leurs poli- tiques économiques respectives pour mieux affronter les défis de la mondialisation et parvenir à une stabilité politique et écono- mique. En 2007, les exportations africaines vers les Etats-Unis dans le cadre de l’AGOA, ont atteint 71 milliards de dollars, soit 6 fois ce qu’elles étaient en 2001.Dans ce contexte, les exportations des produits agricoles vers les Etats-Unis ont crû de 33 %, atteignant 360,8 millions de dollars. Toutefois, malgré cette augmentation, ils représentaient moins de 1% de l’ensemble des exportations contre 80 % pour le pétrole et le gaz (CAPC, 2011). Par ailleurs, certains experts estiment à pas moins de 1,3 million, le nombre d’emplois que l’AGOA a créés sur l’ensemble du conti- nent africain. II- Bilan et contraintes de l’AGOA Dix-sept ans après son lancement, le bilan que l’on peut faire de l’AGOA est assez mitigé notamment à cause de l’incapacité des pays africains à répondre aux contraintes liées aux quantités et à la qualité. 1 -Le bilan de l’AGOA a) Pour les Etats-Unis De nombreux Africains critiquent l’AGOA au motif qu’elle ne profite qu’aux Américains. En effet, après la chute du Mur de Berlin en 1989 et la désintégration du bloc communiste, les dirigeants américains souhaitaient faire émerger en Afrique subsaharienne, les principes de démocratie, d’économie de marché et de respect des droits de l’homme. Les Etats- Unis ont donc lancé l’AGOA dans un but très politique à savoir: promouvoir les intérêts commerciaux américains tout en permettant aux pays d’Afrique subsaharienne de jeter les bases de leur développement économique et de leur intégration dans l’économie mon- diale. Grâce à ce mécanisme qui permet à près de 6 400 produits africains d’entrer sur le marché américain, les Etats-Unis sont devenus le troisième partenaire commercial de l’Afrique subsaharienne derrière la Chine et l’Union européenne. Ce résultat appré- ciable ne doit pas cependant masquer la place très importante prise par les hydrocarbures. La part du pétrole dans les échanges entre l’Afrique subsaharienne et les Etats-Unis a représenté plus de 80 % du total en 2008. Des pays comme le Nigeria et l’Angola se classent au premier rang des partenaires commerciaux des Etats-Unis en Afrique subsaharienne. Cette part prépondérante prise par le pétrole montre que les autres produits africains (naturels ou industriels) peinent à pénétrer le marché américain. Pour les Américains, cette situation ne serait pas liée aux formalités administratives, mais aux difficultés des entreprises africaines d’adapter leurs produits aux normes américaines voire leur incapacité à livrer de grosses commandes. Ces remarques américaines sont en partie vraies même si on peut toutefois noter le fait que des produits comme le sucre, le tabac ou l’arachide soient exclus de l’AGOA, constitue un sérieux désavantage pour les pays africains. Ainsi, il est très difficile de ne pas y voir la volonté de Washington de protéger ses agriculteurs d’une concurrence qui pourrait venir d’Afrique subsaharienne. b) Pour l’Afrique subsaharienne Le nombre de pays qualifiés à l’AGOA a varié au fil des ans, des pays ayant été admis au programme et d’autres exclus, sur la base de l’évaluation annuelle des critères d’admis- sibilité. Aujourd’hui, c’est une quarantaine de pays africains qui bénéficient de l’AGOA. Si l’AGOA est un accord sur le commerce et les investissements, il est intéressant de voir comment cette loi structure les échanges entre les deux parties depuis plus de quinze ans. Favorise-t-elle l’intégration commerciale et promeut-elle l’émergence des marchés en Afrique subsaharienne? N’est-elle, au contraire, qu’un outil dans la stratégie américaine visant à limiter l’influence grandissante des BRICS voire de l’Union européenne en Afrique qui, dès les années soixante, a créé des accords commerciaux préférentiels avec certains pays d’Afrique subsaharienne? En effet, les accords commerciaux entre l’Afrique et l’Europe sont solides du fait de la colonisation qui a créé des liens entre les deux continents. Cependant, l’Afrique subsaharienne a cherché d’autres partenaires commerciaux en se rapprochant des Etats-Unis. 2 -Les contraintes liées aux quantités et à la qualité La qualité et les capacités de production et d’exportation vers les Etats-Unis sont géné- ralement insuffisantes dans la plupart des pays africains éligibles à l’AGOA à cause des infrastructures de production qui y sont peu développées. Ces dernières ne peuvent donc que difficilement faire le poids sur le marché américain. Selon une étude réalisée conjoin- tement par l’OMC (Irganisation mondiale du Commerce), la CEA (Commission économique pour l’Afrique) et la CUA (Commission de l’Union africaine), les principaux facteurs motivant les décisions des grandes entreprises occidentales en matière d’achat et d’inves- tissement en Afrique subsaharienne sont les coûts de production, la taille du marché et la capacité des fournisseurs à répondre aux besoins de production (CEA, 2013). Le faible capital en ressources humaines en Afrique subsaharienne explique aussi ces difficultés. Malgré l’avantage comparatif que constitue la main-d’œuvre abondante et peu onéreuse des pays africains éligibles, le manque de formation adaptée et la mauvaise gestion de ces ressources humaines freinent sa transformation en avantage concurrentiel majeur. La productivité de la main-d’œuvre africaine reste bien inférieure à celle des pays concurrents sur le marché américain tels que la Chine et le Vietnam. Bien plus, les aptitudes limitées de l’entrepreneuriat (production des biens et conception de projets bancaires viables), le manque de connaissances et de capacités nécessaires pour garantir la conformité aux normes de qualité américaines empêchent les entreprises africaines de saisir toutes les opportunités offertes par l’AGOA. Les importantes possibilités offertes par l’AGOA peuvent donner lieu à plusieurs dizaines de milliards de dollars de flux d’échanges et d’investissements entre les Etats-Unis et l’Afrique subsaharienne. Il est donc néces- saire pour les Etats africains de travailler à l’amélioration de la qualité de leurs produits, ainsi qu’à la création d’un contexte politique et économique susceptible de persuader des investisseurs étrangers de s’intéresser aux avantages de l’AGOA et de venir y investir.

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Commentaires

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    1month ago

    Merci pour cet article très instructif et révélateur du partenariat commercial USA-Afrique Sub-Saharienne. Un article très édifiant.

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