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« La SND30 intègre en son sein un plan de résilience et de relance post-covid-19 »

Paul Tasong, ministre délégué auprès du ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, chargé de la planification.

Monsieur le Ministre, vous avez présidé le15 juillet dernier, la toute première session du Comité national de suivi de la Stratégie nationale de développement (SND30) consacrée entre autres à l’évaluation des actions déjà menées. A quel stade de la mise en œuvre de cette stratégie se trouve-t-on à ce jour de manière concrète ?

Plusieurs actions ont été déjà menées dans le cadre de la mise en œuvre de la SND30. L’on peut citer notamment : la relecture des Cadres Stratégiques de Performance (CSP) des départements ministériels. Il s’est agi d’actualiser les programmes des administrations pour les aligner aux orientations stratégiques de la SND30, afin que ceux-ci traduisent au mieux les actions et réformes majeures de la SND30. L’accélération de la politique d’import-substitution avec l’élaboration d’un plan pour soutenir la production et la transformation des principaux produits de grande consommation (riz, mais, poisson, lait, etc.) qui crèvent notre balance commerciale. La réflexion est en cours pour mettre en place un mécanisme d’accompagnement des PME locales dans ce sens. L’implémentation des mesures fiscales et douanières visant à faciliter les importations des équipements destinés à la transformation industrielle dans certaines filières prioritaires de la SND30 telles que l’aciérie et la chimie-pharmacie. L’élaboration d’un avant-projet de loi de modernisation de l’économie portant orientations programmatiques de la SND30 avec la participation de plusieurs acteurs notamment : les responsables des services du premier ministre et des ministères techniques, les représentants du secteur privé et la société civile ainsi et des experts. Le démarrage de l’implémentation du Programme Présidentiel de Reconstruction et de Développement des Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui rentre progressivement dans sa phase opérationnelle, dans ses dimensions cohésion sociale et reconstruction des infrastructures. Le refinancement de l’Eurobond, qui participe de la nécessité de mieux conduire à terme le train de projet lancé sous la décennie 2010-2019. La mise en œuvre des mécanismes devant favoriser le rattrapage technologique. En effet, faisant suite à l’adoption de la SND30, une stratégie de normalisation a été finalisée, assortie d’un avant-projet de loi devant permettre d’intégrer toutes les composantes de l’infrastructure-qualité (base de la dynamique de transformation structurelle et d’industrialisation).

Quid des avancées dans les secteurs de l’agriculture et des mines ?

Dans le cadre du renforcement de la productivité agricole, il y a un train de réformes en cours de finalisation notamment dans le cadre du CRS/Cameroun-Union européenne. De plus, des discussions entre l’Etat du Cameroun et l’entreprise Suisse Tree Global sont en cours de conclusion pour la mise en place au Cameroun d’un système de pépinières à haut rendement, pour toutes les spéculations agricoles et forestières. La réalisation des infrastructures avec la signature par le gouvernement un MOU pour la préparation dans une logique de construction en Project-Finance, du chemin de fer Mbalam-Kribi (550 km), pour l’exploitation des gisements de fer de Nabeba (Congo) et de Mbalam (Cameroun) avec Austino Ltd et Bestway Finance Ltd.

Le projet industriel pour lequel le chantier naval et industriel du Cameroun a lancé l’étude de faisabilité de la phase 2 du yard pétrolier de Limbé, incluant notamment les équipements et outils de production des ateliers (projet phare SND30). Les études stratégiques relatives aux travaux techniques sur les modalités de capture de la commande publique, la mise en place d’un système de change local, les modalités d’accompagnement des champions nationaux, ainsi que les travaux de base de formulation des plans sont en cours. L’évaluation et l’actualisation du Plan global des reformes des finances publiques (PGRFP) en cours au ministère des Finances.

La croissance économique s'est fixée à 0,7% en 2020, année considérée techniquement comme la première sous l’ère de la SND30. Sachant que l'objectif visé sur la décennie en cours est un taux de croissance moyen de 8% n’est-on pas là, sur un mauvais départ ?

Il convient de souligner que le taux de 8,1% de la SND30 est le résultat des travaux de cadrage macroéconomique effectués par le MINEPAT et le MINFI. Ce taux de croissance projeté est la traduction des effets escomptés des réformes et actions majeurs envisagées pour opérer la transformation structurelle de notre économie avec un secteur privé plus dynamique. Par ailleurs, la SND30 intègre, en son sein, un plan résilience, de relance post-covid-19. Ainsi, le principal défi pour atteindre ce taux de croissance est celui de la mise en œuvre, dans les délais prévus, des orientations stratégiques de la SND30. Toutefois, nous devons espérer une maitrise de la pandémie compte tenu de ses importants effets sur l’économie mondiale et ses répercussions subséquentes sur l’économie nationale.

Les 50 milliards de F annoncés pour cette année en soutien aux unités de production locales s’inscrivant dans la logique de l’import-substitution ont-ils déjà été débloqués ? Si oui, au profit de quelles entreprises et pour quels résultats ?

La procédure de mobilisation de cette dotation budgétaire est en cours. Les administrations sectorielles travaillent avec le secteur privé pour identifier les difficultés des entreprises concernées par les produits ciblés afin de pouvoir conclure avec celles-ci, des contrats de performance sur la base des objectifs clairs, précis et arrêtés de commun accord. Par ailleurs, il convient aussi de préciser qu’avec la loi de finances rectificative (Ordonnance n°2021/003 du 07 juin 2021), la dotation initiale de 50 milliards de F prévue pour le plan de soutien à la production et la transformation des produits de grande consommation a été ramenée à 30 milliards de F en raison des contraintes financières inhérentes à la persistance de la pandémie covid-19.

Comment comptez-vous adresser l’équation de l'accès à une énergie fiable et de qualité, incontournable pour l’essor d'une industrie solide, dans un contexte où l'offre peine toujours à satisfaire les besoins ?

Durant la première phase de la Vision 2035, la capacité installée est passée de 933 MW à 1 650 MW, soit 1 350 MW de moins par rapport à la cible de 3 000 MW envisagée en 2020. Ceci est dû au fait que tous les barrages construits n’ont pas pu entrer en service durant cette période.

Pour la période 2020-2030, le Gouvernement entend porter à 5 000 MW la capacité d’énergie installée. Pour ce faire, il s’attellera prioritairement à mettre en service tous les barrages déjà construits en les raccordant au réseau électrique il s’agit principalement des barrages de Mekin, Memve’ele et Lom Pangar. Le gouvernement poursuivra également les travaux engagés pour la finalisation des autres barrages notamment celui de Nachtigal (450 MW) et de Bini à Warak (75 MV). Par ailleurs, la politique du mix énergétique sera intensifiée à travers une plus grande exploitation des autres sources d’énergie qui sont : le photovoltaïque, le thermique et la biomasse.

Le Cameroun s’’apprête à démarrer le nouveau programme économique et financier avec le FMI. Sa mise en œuvre sera-t-il un accélérateur pour la SND30 ou plutôt un facteur limitant tel que perçu par une partie de l’opinion ?

Le programme en perspective avec le FMI vise une consolidation budgétaire dans le moyen terme. Il est en parfait harmonie avec les orientations fondamentales de la SND30 qui prescrit entre autres mesures, l’amélioration de la gestion des finances publiques et la rationalisation de la dépense. De plus, ce programme contribuera pleinement au maintien de la stabilité macroéconomique qui est une des conditions préalables pour la réussite de la mise en œuvre de la stratégie.

Propos recueillis par Josiane TCHAKOUNTE

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