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Distribution des produits pétroliers: Plein gaz pour les nationaux

Avec 54% de parts de marché, ils profitent bien des retombées de la libéralisation du secteur intervenue au début des années 2000, mais doivent encore passer l’épreuve de la longévité, face à des multinationales toujours présentes.

S ur la nationale n°1 entre Ngaoundéré et Bertoua, non loin de la ville de Meiganga, une clairière illuminée dans une mer d’obscurité, sort le voyageur engourdi de sa torpeur. C’est une station-service. Le temps de quinze minutes d’une halte rafraîchissante, la plupart des 70 passagers du bus de transport en commun peut s’extasier sur la curiosité sortie de nulle-part, pour se retrouver au cœur de cette étendue de savane boisée. En réalité, des apparitions de ce genre ne sont plus rares depuis le milieu des années 2000, consécutives à la série de réformes qui ont abouti à la libéralisation du secteur pétrolier aval au Cameroun. Elles n’attirent pas l’attention seulement par leurs lieux d’implantation, mais aussi par leur nombre et surtout leurs noms à l’originalité souvent révélatrice de leur nationalité. Elles sont pour la plupart camerounaises… Cette présence remarquable des enseignes locales sur le marché de la distribution des produits pétroliers suscite aujourd’hui la réflexion sur les conditions légales de leur implantation, d’une part, leur véritable poids face à la concurrence des multinationales et les enjeux de longévité et de sécurité autour de ce boom du marché, d’autre part. A la lecture des événements historiques qui se sont succédés depuis la fin des années 1990, l’on apprend que l’entrée des opérateurs locaux dans ce marché résulte de la libéralisation du secteur pétrolier aval, intervenue en 2000. Elle-même faisant suite à une série d’actes gouvernementaux, dont celui de janvier 1998 (un arrêté), fixant les modalités d’implantation des stations de distribution des produits pétroliers, ou la loi de 1999 sur le Code pétrolier et son décret d’application signé en 2000. Forts de ce socle juridique, de nombreux investisseurs camerounais se sont lancés dans la brèche, avant le véritable boom intervenu à l’orée des années 2000, lorsque des dizaines de dénominations ont vu le jour, aussi bien dans les grandes villes que dans les coins les plus reculés du pays. Cette période coïncide, à quelques dates près, avec le retrait ou la réorganisation de nombreuses multinationales, qui jusque-là régnaient en maîtresses absolues sur cet espace, avec une présence presque exclusive dans les grandes villes. Au résultat des courses, selon les chiffres du ministère de l’Eau et de l’Energie, entre 2000 et 2019, le nombre de stations-services a quasiment triplé, passant de 287 à 835, en à peine une dizaine d’années… Ces points de vente appartenant indifféremment à 54 entreprises autorisées à distribuer les produits pétroliers au Cameroun. Pour ce qui est de l’implantation nationale, le mandant de l’Etat dans la gestion des questions énergétiques renseigne qu’à ce jour, 46% des parts de ce marché sont encore détenus par des multinationales, la flopée d’opérateurs locaux se partageant les 54% restants. Ce dernier fait chiffré est évocateur de la véritable situation de la plupart des initiatives camerounaises – on en compte une demi-douzaine qui sortent du lot – devant se contenter de la portion congrue et d’une surface d’activité réduite aux zones rurales, pour une clientèle au rabais et désargentée… Ceci se ressent notamment sur la longévité de certaines de ces entreprises, qui ont visiblement du mal à tenir la concurrence. Certes, pris globalement, les opérateurs agréés du secteur de la distribution des produits pétroliers contribuent annuellement à hauteur de 140 milliards de F, en termes d’impôts, au budget de l’Etat. Mais il est juste de faire remarquer que le marché, équitablement réparti et mieux régulé, pourrait rapporter plus. Le respect des distances d’implantation entre les stations-services – environ 500 mètres voire un kilomètre d’écart au moins – et les questions sécuritaires – la proximité avec les maisons d’habitation – sont entre autres dysfonctionnements à corriger. Chaque opérateur pourrait alors y trouver son compte, en même temps que les recettes de l’Etat grossiraient au rythme du recul du trafic illicite des produits pétroliers, malheureusement toujours et dangereusement d’actualité pour l’économie et les personnes. Autant de conditions pour que ça carbure vraiment plein gaz pour les opérateurs locaux.

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