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A l’exemple du maître

Pour l’année académique 2020-2021, le Cameroun a enregistré environ 420 000 étudiants, inscrits indifféremment dans les universités et institutions supérieures publiques et privées. Cette masse estudiantine, dans un contexte où le taux de chômage (entre 3,8 et 5,7% selon des statistiques en cours d’actualisation à l’Ins), sans être alarmant reste tout de même assez haut, est un sacré casse-tête pour le marché de l’emploi. C’est trivial qu’on ne fait pas des études avec l’ambition de s’inscrire au chômage… L’idéal pour tous ces diplômés, c’est de trouver un emploi stable, bien payé, dans la Fonction publique ou mieux, un contrat à durée indéterminée (CDI), avec une entreprise parapublique ou privée bien en vue. La voie pour y accéder passe par une de ces grandes écoles qui ouvre directement les portes de la Fonction publique, ou assure tout au moins un diplôme bien coté dans les entreprises.

Mais encore faudra-t-il y être admis… C’est à la recherche du précieux graal que de nombreuses bonnes intentions se traduisent en actes pervers et répréhensibles sur le marché de la préparation et de l’admission dans les grandes écoles au Cameroun. Car, il est clair qu’au fil des années, les activités autour de ces démarches auparavant purement administratives, ont tourné à la commercialisation de différents services et biens. Entre la vente de fascicules, d’anciennes épreuves ou de copies des décisions administratives sur l’organisation des concours et des recrutements, des commerces se sont créés, certains revendiquant des recettes journalières de l’ordre de 15 000 F. A ce rythme, l’appât du gain facile a vite fait de prendre le dessus sur l’éthique et la morale. Le ministère de la Fonction publique etde la Réforme administrative et certaines autres administrations se sont très souvent trouvés obligés de rétablir la vérité sur certaines informations diffusées par ces réseaux de vendeurs, pour certains attirés par le seul lucre qu’offre ce filon.    

Sur un tout autre tableau, des centaines d’opportunistes se sont lancés dans la formation et la préparation des candidats aux différentes épreuves de concours. Certaines enseignes dans ce domaine se sont d’ailleurs déjà fait une telle réputation que leurs prix, allant parfois au-delà de 100 000 F, en disent long sur leur notoriété. Cette dernière est d’autant plus grande que le centre est promu par un éminent enseignant d’université, ou compte au sein de son « corps enseignant » un professionnel à la renommée établie dans le domaine… Malheureusement, cette course aux « grands noms » ne garantit pas toujours le succès pour les candidats… Encore moins l’orthodoxie, aussi bien sur le plan académique que fiscal.

Il est à ce sujet établi que très peu de ces institutions ont une existence légale. Ici, l’informel est roi : des locaux sous-loués auprès d’un directeur d’école – parfois à l’insu de sa hiérarchie – quelques jeunes diplômés de l’université eux-mêmes en quête d’emploi, un programme d’études plus ou moins ficelé, et le business peut commencer. Ce mode opérationnel qui a prévalu au tout début de ce marché et tend malheureusement à perdurer, n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Il serait souhaitable que ce domaine d’activités soit mieux encadré, aussi bien sur le plan académique, structurel, que fiscal. Pour des institutions dont l’ambition est d’aider des jeunes Camerounais à s’insérer dans le monde de l’emploi, le bon exemple venant du maître, il serait très élégant de leur part qu’elles sortent elles-mêmes de l’informel…

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