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« Les incitations fiscales ayant montré leurs limites, il faut faire plus »

Charles Etoundi, analyste des marchés.

Qu'est-ce qui explique les niveaux relativement faibles de culture boursière encore observés auprès des particuliers et entreprises exerçant en zone CEMAC ?

La culture de manière générale est une question d’éducation, d’habitude et d’orientation politique. Ainsi, la culture boursière n’échappe pas à ces trois dimensions qui se déclinent en principales causes de ce que nous déplorons. Il se trouve que les institutions et universités locales ne proposent pas toujours de formations spécifiques sur les métiers de la bourse. Car, il y en a beaucoup. Ce déficit de formation à la base est une entrave car, des cadres formés pourraient apporter cette sensibilité au sein des entreprises. Ensuite, les habitudes entrepreneuriales ne sont pas du tout enclines à l’actionnariat populaire. L’entreprise chez-nous s’identifie à son créateur, commence et finit par ce dernier. Cette psychologie du conservatisme fait observer que nos entreprises ne grandissent pas, ne profitent pas des énergies nouvelles externes et restent donc l’affaire d’une personne ou d’une famille. Ceci au mépris de la visibilité, de l’aura et de la transparence offerte par la place boursière. Enfin, la culture boursière pourrait venir de la loi, l’Etat étant porteur du projet sociétal, de par la volonté politique. Les incitations fiscales ayant montré leurs limites, il faut faire plus. Pour le développement du marché financier, les Etats membres de la CEMAC ont été instruits de prendre des dispositions législatives et règlementaires pour favoriser l’entrée en bourse des entreprises publiques et privées de leurs différents territoires, y compris les multinationales. Ce qui jusqu’à date reste lettre morte.

Quels fruits les opérations de sensibilisation à l'éducation boursière et autres incitations ont-elles déjà portés dans le domaine ?

Ce sont des initiatives très fragilisées et ne peuvent donc pas trouver une audience, malgré leur pertinence et la volonté des porteurs. D’abord à cause des suspicions et de l’indifférence maladive que leur manifestent les instances du marché financier, qui devraient les encourager et accompagner. Ces instances donnant l’impression que c’est un espace réservé, conduisant parfois à une confusion entre les régimes de régulation et de répression, ce qui éloigne et décourage les porteurs d’idées. Les chefs d’entreprise à chaque fois vous poseront la question, « La BVMAC a déjà fait quoi ? ». Peut-être à tort, mais cette interrogation à un sens quelque part. Ces initiatives ne portent pas encore à cause de l’attitude des instances et de certains acteurs du marché financier. Les mentalités doivent évoluer.

Comment véritablement susciter l'engouement des acteurs ?

Remédier à cet état de fait revient à travailler avec urgence sur les trois points que sont la formation pour tous, le changement d’habitudes et la volonté politique. Au-delà de ces volets qui se trouvent autour du marché, il semble essentiel de relever le rôle important d’un maillon du marché constitué des sociétés de bourse. Les actions et les obligations sont naturellement les principaux produits du marché financier. Il est alors important que nos sociétés de bourse proposent aux entreprises (émetteurs) ou au public (investisseurs) les leurs. Faisant ainsi une démonstration de la prise en main du marché. L’offre est pour l’instant trop standardisée, elle devrait être distinctive et adaptée à l’environnement à l’instar du compte titres, le plan d’investissement en bourse et le portefeuille boursier, qui pour cela doivent être personnalisés en fonction des entreprises, des investisseurs et les intermédiaires eux-mêmes. Ainsi, le marché financier sera en mesure de capter la liquidité abondante du marché monétaire de la sous-région CEMAC, comme en témoigne la ponction de liquidité annoncée par la banque centrale.

Propos recueillis par M.N.T

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