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Le carburant de la proximité…

Le phénomène de carburant frelaté prend de l’ampleur dans les villes et campagnes du pays. Selon qu’on soit dans la partie septentrionale ou méridionale, le carburant dit frelaté n’a pas la même conception. Si dans la partie sud où la distribution est relativement mieux assurée, disponible dans les métropoles et villes secondaires, ce carburant prend la forme d’un liquide saupoudré à d’autres produits aux odeurs insupportables, on ne peut dire la même chose du carburant écoulé sur le marché du nord. Il ne se vend plus dans le noir. Il est visible dans les rues, les ruelles et les ménages. Le circuit du ravitaillement est connu de tous. Aux dires des automobilistes et autres experts, ce carburant de mauvaise qualité aurait des effets néfastes sur les moteurs. Le phénomène est officiellement traqué, combattu par les autorités nationales, sans résultats probants.

Mais pouvons-nous vraiment combattre cette pratique rampante et diffuse dans la société camerounaise ? Avons-nous les moyens et les capacités appropriés ? Rien n’est sûr. Il se trouve que le carburant distribué dans les circuits formels, en provenance de la partie sud du pays, en direction des villes du nord, ne peut satisfaire la demande locale. Le fait de répercuter les frais de transport dû à l’éloignement sur le prix du litre à la pompe – toutes choses étant égales par ailleurs – a des effets sur certains automobilistes qui se rabattent sur le fameux « zoua-zoua ». La nature ayant horreur du vide, le marché mal ravitaillé est livré et abandonné à ce commerce illégal. Dans les villes de Ngaoundéré, Garoua et Maroua, par exemple, l’on peut compter le nombre de stations – service sur les doigts d’une main. La réalité de terrain est que le pouvoir d’achat dans ces régions réputées les plus pauvres du pays impose aux populations locales de faire de la moto, le moyen de transport le plus usité.

Comment combattre efficacement le phénomène de carburant frelaté dans le septentrion alors que les conditions de ravitaillement et distribution ne sont pas favorables et optimales ? Faut-il abandonner ce grand marché lucratif à l’importation informelle du zoua-zoua par des hommes sans foi ni loi qui dictent leur loi et parasitent le circuit du ravitaillement ? Il faut comprendre le phénomène pour bien structurer le combat. Cette activité emploie des milliers de jeunes chômeurs et désœuvrés. Elle fait vivre des millions de ménages dans le Grand Nord. Elle structure la mobilité et le secteur de transport dans les régions septentrionales.

Dès lors, au lieu de combattre le phénomène avec les méthodes de répression au niveau des frontières avec le puissant voisin nigérian, on gagnerait à changer d’approche et de stratégie. La proximité du Nigeria pétrolier avec les régions septentrionales, particulièrement très éloignées du point de production ou de ravitaillement de carburant, est un fait indéniable. Les liens sont séculaires et très forts et de part et d’autre des frontières. Les postes de douanes malgré leur volonté ont montré leurs limites. La solution serait de faire un état des lieux du fléau, de recenser les trafiquants qui écument les deux frontières, pour ravitailler le marché camerounais, de reposer ce problème à la commission mixte Cameroun-Nigeria. A partir de ce moment, l’Etat pourra accorder des autorisations d’importation à des opérateurs économiques. A charge pour ces derniers de mettre de l’ordre dans leurs ranges et de structurer le marché. Les risques d’incendie liés aux manipulations par les mains inexpertes du carburant seront réduits. L’Etat en sera le plus grand bénéficiaire, via des recettes douanières et autres taxes plus consistantes.

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