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Formation et insertion professionnelle: Ce que peuvent les universités d’Etat

14 ans après l’introduction du système LMD, de nouveaux programmes et incubateurs continuent de voir le jour afin de mettre sur le marché des ressources humaines prêtes à l’emploi.

Près de 170 000 nouveaux étudiants ont fait leurs premiers pas dans les campus des huit universités d’Etat cette rentrée académique. Ce sont 170 000 jeunes qui aspirent, au sortir de leurs formations, à s’insérer dans le monde professionnel. Ceci dans un contexte où le sous-emploi continue de marquer de son empreinte les entreprises, la société, les familles. 77,2% des Camerounais sont en situation de sous-emploi au Cameroun, pour 3,8% de taux de chômage, selon des données de l’Institut national de la statistique (INS) datant de 2012. Las de former des jeunes qui éprouvaient des difficultés à s’insérer sur le marché de l’emploi, l’Etat camerounais a adopté le système LMD (Licence-Master-Doctorat) en 2007 pour apporter une plus grande flexibilité dans l’apprentissage, mais aussi pour une formation académique orientée vers la recherche et une formation axée sur la professionnalisation.

A l’Université de Dschang (Uds), 1061 étudiants sur les 22 109 des facultés classiques ont obtenu un diplôme professionnel, soit 4,79% des effectifs. Une performance supérieure à la valeur-cible de 3,5% fixée par le ministère en charge de l’enseignement supérieur pour l’année 2020. Sur la question de l’accès au marché de l’emploi, une enquête menée de septembre 2020 à juin 2021 révèle qu’en Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques (FMSP), les taux d’insertion sont de 80% pour les Masters de santé publique et de 78% pour ceux de kinésithérapie. Le recteur de l’Uds, le Pr Roger Tsafack Nanfosso, fait remarquer que les formations de l’Institut des Beaux-Arts de Foumban (IBAF) conduisent à une insertion pouvant aller jusqu’à 90% dans le secteur privé, notamment dans les arts du spectacle et le cinéma. L’étude mentionne que certains Masters professionnels ont des taux d’insertion de 85% (Master de géologie appliquée), de 70% pour les mines et pétrole, 50% pour l’urbanisme et l’assainissement urbain, ainsi que 50% pour la formation en nutrition et diététique. Aussi, 411 sur 757 diplômés de l’Institut universitaire de technologie Fotso Victor de Bandjoun (IUT-FV) ont-ils pu s’insérer dans la vie active, soit un taux de 54%. A la Faculté d’agronomie et des sciences agricoles (FASA), les taux se situent également au-dessus de 50%.

Le recteur de l’Université de Maroua, Pr Idrissou Alioum, estime à plus de 96%, le taux d’insertion des jeunes diplômés de son campus. A la fin de l’année académique 2020- 2021, l’établissement a délivré 40 386 diplômes, répartis en 29 000 pour l’Ecole normale supérieure, 7000 pour les ingénieurs de l’Ecole nationale supérieure polytechnique et de la Faculté des mines et industries pétrolières et 3000 pour les titulaires des établissements facultaires classiques.

Sur les 35 000 étudiants que compte l’Université de Ngaoundéré cette année, 7000 sont de nouveaux apprenants. Le recteur, Pr Uphie Chinje, a récemment précisé dans Cameroon Tribune qu’avec ses 12 établissements (six facultés et six grandes écoles), la formation à l’université de Ngaoundéré couvre tous les secteurs d’activité au Cameroun (primaire, secondaire, tertiaire, quaternaire). « Nous adaptons nos formations à la demande de la sous-région et au Cameroun pour le secteur de l’emploi », a-t-elle réaffirmé. La dynamique est la même à l’Université de Yaoundé IISoa qui a enregistré 39 710 étudiants lors de l’année académique écoulée. Le campus envisage la création d’un institut des métiers du droit pour les juristes, d’une école de commerce (Yaoundé Business School) pour les économistes et d’un institut de formation des cadres pour la décentralisation. D’après le recteur, Pr Adolphe Minkoa She, « deux modalités interviennent dans la professionnalisation des enseignements. La première consiste à mettre en place des filières dites professionnelles. (…) La seconde approche consiste à mettre des modules à vocation professionnelle dans le cadre des formations classiques pour le plus grand nombre des étudiants ». L’universitaire apporte un bémol en précisant: « Nous formons juste aux métiers, l’université ne crée pas des emplois. Alors, s’il faut penser à réorienter cette adaptation, c’est au-dessus de l’université que les choses devraient être enclenchées ». Néanmoins, Guy Ketchatcham Ngamy, manager du cabinet d’études de recherches et de prospectives, White Dove Company, basé à Yaoundé, voit dans les facultés, les précurseurs de l’insertion socio-professionnelle. « Mon expérience en tant que chef d’entreprise me fait penser que les facultés ont encore un rôle de premier plan à jouer dans la préparation des Camerounais à l’insertion socio-professionnelle, car elles préparent les étudiants à appliquer une méthode pour résoudre des problèmes dans différents domaines ».

Aujourd’hui, une nouvelle échelle de la professionnalisation se dessine avec l’introduction de cours d’initiation à la création et à la gestion des entreprises dans les parcours typiquement consacrés à la formation généraliste. De quoi ouvrir la voie à l’auto-emploi.

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