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Aux prix des pénuries artificielles

Hausse des coûts du clinker, spéculation, exportations via des circuits informels, sont quelques facteurs qui impactent, au fil des années, le prix final du sac de ciment.

Chaque jour, des milliers de distributeurs disséminés dans les grandes villes se constituent des cargaisons de ciment auprès des opérateurs installés sur le territoire national. Leurs camions sillonnent les villes secondaires et des villages pour écouler ce matériau de construction. Ces distributeurs et transporteurs étaient près de 6000 il y a une dizaine d’années, d’après des responsables de Cimencam. Le marché continue de s’agrandir avec des disparités de prix observées entre les régions. Le manque d’organisation du circuit de distribution a souvent favorisé une spéculation à large échelle au profit des grossistes qui alimentent les zones reculées. A Douala, les tarifs officiels sont de 4300 F pour le sac de ciment Multix de Cimencam et 4600 F pour la variété Robust. Ces deux variétés coûtent respectivement 4600 F et 4900 F à Yaoundé. Sauf que certains revendeurs de la ville Yaoundé en arrivent à proposer ces sacs de ciment entre 4700 F et 5200 F l’unité. Les écarts de prix sont encore plus grands dans les capitales régionales. A Garoua par exemple, il faut compter environ 1000 F de plus sur chaque sac de ciment. Le ciment Cimaf y est vendu à 6200 F. Dans la ville de Maroua, le prix d’un sac de ciment va jusqu’à 7000 F, voire au-delà. Cimencam, premier producteur de matériaux de construction au Cameroun, attribue la récente hausse des prix aux répercussions de la crise sanitaire liée au covid-19 avec l’augmentation des coûts du clinker et d’autres matières premières qui entrent dans le processus de fabrication du ciment. D’après le groupe, cette composante représente près de 1200 F de hausse du prix de revient du sac de ciment et a occasionné des pertes mensuelles estimées à un peu plus de deux milliards de F. Sauf que, le marché du ciment au Cameroun n’en est pas à ses premiers soubresauts entre pénuries artificielles et exportations frauduleuses. Depuis des années, le siphonnage de la production réduit l’offre dans certaines régions. Les prix aux frontières des pays avec la CEMAC ou à l’exportation présentent des écarts de 30 à 40% comparés aux prix homologués. Certains grossistes n’hésitent pas à exporter, par des circuits informels, cette production, au vu des fortes marges. En 2006, le Cameroun a fait face à une pénurie de ciment alimentée par le faible volume de production de ce matériel de construction et la revente dans les circuits informels. Au lieu du prix officiel d’alors (4500 F), le sac de ciment se vendait sous cape à 6000 F. Le ministère du Commerce avait constaté qu’il s’agissait d’une pénurie artificielle orchestrée par certains distributeurs, notamment des quincaillers. A ce moment encore, plusieurs stocks de ciment vendus plus cher que le prix homologué avaient été saisis à Yaoundé et dans d’autres villes du pays.

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