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Protection de l’environnement: Le Cameroun se met au biochar

Cette solution présentée à la COP 26 en novembre dernier par la délégation camerounaise permet de capter et stocker les émissions de carbone, de produire de l’énergie renouvelable et d’améliorer les rendements agricoles.

Nkongsamba - 6h30. Le jour se lève sur la toute première unité de production de biochar du Cameroun, d’Afrique et du monde. L’usine qui occupe une superficie de 500 m², est logée dans la verdure de la commune du Moungo, région du Littoral. Chaque jour, elle ambitionne de traiter le maximum de déchets agro-industriels disponibles dans les alentours pour en faire une poudre de charbon écologique. Actuellement, l’unité de production mise en place par l’entreprise NetZero a une capacité de traitement de 10 000 tonnes de déchets organiques. Le mastodonte partage le paysage avec une usine de transformation de café qui lui fournit de la matière première, à savoir des coques de cerises de café.

Le biochar est encore une curiosité pour les riverains de l’usine. Il est en fait une poudre de charbon de bois dotée d’une forte teneur en carbone qui s’obtient à partir de la décomposition chimique d’un composé organique par une augmentation de sa température. Cette dernière peut atteindre les 650°C. L’avantage de cette trouvaille est qu’elle permet de soustraire du CO2 de l’atmosphère. C’est avec cette découverte que la délégation camerounaise conduite par le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, a brillé lors de la COP 26 de Glasgow en Ecosse le 9 novembre dernier. Ce jour-là, le Cameroun y a présenté sa stratégie climat et de développement durable couronnée par son projet de production industrielle du biochar. L’idée, in fine, est de neutraliser au moins 250 000 tonnes de gaz à effet de serre par an grâce à cette matière.

Le biochar n’a pas fini de montrer ses différentes facettes. Il peut être utilisé dans l’agriculture en boostant les rendements agricoles, grâce à la retenue d’eau et de nutriments dans le sol. D’après Louis Merlin Mbomen Mbomen, ingénieur de conception en génie des énergies renouvelables et responsable adjoint de production à l’entreprise NetZero, le biochar peut également aider à la production d’énergies renouvelables, notamment d’électricité, en prenant la forme de gaz. Le jeune ingénieur explique d’ailleurs comment il s’est retrouvé à mener des études sur cette matière : « en tant qu'ingénieur en génie des énergies renouvelables, soucieux de la préservation de l'environnement et sachant que la gestion des déchets pétroliers est moins maitrisée, j'ai développé des compétences en recyclage de divers types de déchets organiques ou minéraux ».

Comme lui, des jeunes Camerounais se sont lancés dans l’exploration des vertus du biochar. A Guider et Garoua, dans la région du Nord, l’association Géotech a mis au point l’initiative « Biochar pour tous ! ». Ce regroupement fabrique de manière artisanale du biochar à partir de de coques d’arachides, de tiges de maïs, de mil ou de coton. En huit mois, le groupe a produit environ 4800 kg de charbon vert et espère créer une unité de production d’une capacité moyenne de 50 tonnes dans les quatre départements du Nord Cameroun. En attendant que le rêve migre vers la réalité et que leurs capacités de production soient renforcées, les membres de l’association distillent leur savoir-faire à l’intention de jeunes volontaires, afin de vulgariser les procédés de fabrication de ce charbon écologique.

La question de la protection du climat demeure cruciale tant à l’international que sur le continent. Une vingtaine de chefs d'Etat africains et une trentaine de ministres (dont trois ministres camerounais) ont fait entendre leur voix les 1er et 2 novembre derniers à Glasgow pour obtenir l’intégralité des financements promis par les pays riches en vue de mieux vivre le changement climatique. C’est ainsi que les pays de la Commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac), dont la présidence est assurée par le ministre camerounais des Forêts et de la Faune, Jules Doret Ndongo, ont obtenu des promesses de financement d’un montant de 983 milliards F. Une enveloppe qui pourrait être mise à contribution pour le financement du projet de construction d’usines de biochar au Cameroun. D’autant plus que l’entreprise NetZero, pionnière dans le domaine, s’est fixé pour objectif d’éliminer chaque année plus d’un million de tonnes de carbone atmosphérique avant 2030. L’enjeu, pour les acteurs publics et privés qui s’impliqueront sera d’assurer la disponibilité des intrants, du matériel, ainsi que des moyens de transport des matières. Ce qui leur permettra de marquer un pas de plus vers l’atteinte des objectifs de la Stratégie nationale de développement à l’horizon 2030 (SND 30) qui prévoit la poursuite de la mise en œuvre de la stratégie nationale pour la réduction des émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts et la prise en compte de la gestion durable, de l’augmentation des stocks de carbone et de la conservation (REDD+).

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