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La microfinance réussira-t-elle le pari ?

Une enquête menée au Cameroun l’année dernière sur les performances sociales des établissements de ce secteur révèle des résultats encore mitigés et des insuffisances.

L’Etat et les acteurs de la planète finance multiplient les mécanismes pour réduire le nombre de Camerounais exclus du système financier classique. Au cœur de la stratégie nationale de la finance inclusive se trouvent les établissements de microfinance (EMF). Leur activité (crédit, collecte de l’épargne, etc.) est par essence dédiée aux populations évoluant pour l’essentiel en marge du circuit bancaire traditionnel. Le Comité national économique et financier (CNEF) a livré dans son rapport annuel 2020, les résultats de sa notation des performances sociales du secteur de la microfinance au Cameroun. S’agissant du ciblage des pauvres et des exclus, l’enquête du CNEF révèle que 74% des EMF ayant répondu utilisent des indicateurs de pauvreté et d’exclusion pour cibler leur clientèle. Parmi les critères pris en compte, la faible alphabétisation, les faibles revenus, le logement précaire, l’absence de patrimoine, l’éloignement géographique, le nombre de membres de la famille, le type d’activité exercé et le handicap physique. Seul bémol, le fait que moins de 5% de ces EMF sont présentes (agences) dans les zones difficiles d’accès. L’autre information qui ressort du rapport, c’est le montant minimum requis pour ouvrir un compte d’épargne. Dans 78% des établissements enquêtés, il est supérieur à 5 000 F. Les femmes restent moins bien servies, ainsi que l’illustrent les chiffres. En effet, elles ne représentent plus de la moitié des bénéficiaires de crédits que dans les livres de 2% des EMF ayant participé à l’enquête. S’agissant de l’épargne, ceux des déposants détenteurs d’une économie mensuelle inférieure à 10 000 F représentent moins de 20% de la clientèle dans 41% des EMF. Le mérite revient aux EMf de la deuxième catégorie qui se démarquent avec les notes les plus élevées en matière de ciblage des exclus.

Produits et services

Au-delà de l’ouverture des comptes, l’autre challenge dans le chantier de l’inclusion financière reste la capacité à proposer des services et produits adaptés à cette couche de la population moins nantie. Sur ce segment, l’étude révèle que 89% des EMF proposent des prêts adaptés aux besoins des clients dans les domaines de l’éducation, de l’habitat, de la santé, du commerce, de l’agriculture, de l’élevage et de l’équipement. Les échéanciers de remboursement sont définis de commun accord avec les emprunteurs, d’après 60% de l’échantillon. Un peu plus de la moitié (52%) déclarent proposer des produits d’épargne spécifiques, tandis que 93% offrent des services financiers innovants tels que le transfert d’argent, les paiements par chèque et cartes bancaires, le micro-crédit en ligne, le Mobile-Banking, la monnaie électronique et autres. Des visites périodiques sont effectuées auprès des clients (37%) ajoutés au fait que 83 % ont mis en place des mesures spécifiques pour les satisfaire, telles que l’adaptation des horaires d’ouverture des agences et l’ouvertures de points de collecte les jours de marchés. En termes d’octroi de crédit, les demandes reçues sont traitées en moins de deux semaines d’après 76% des EMF couverts par l’étude.

Insuffisances

Par ailleurs, des insuffisances ont été révélées sur le terrain de la gestion de la performance sociale dans les EMF enquêtées. Le CNEF cite entre autres le faible niveau d’implémentation des stratégies de ciblage des exclus définies par les établissements, la transparence et l’accès limités des clients aux informations financières, le faible accompagnement non financier des porteurs de projets et des PME et la contribution limitée au financement des projets communautaires à caractère social. « Afin de les réduire et de renforcer la contribution du secteur de la microfinance à l’amélioration de l’inclusion financière de notre pays, il y aurait lieu de mettre la gestion de la performance sociale au cœur des politiques publiques de soutien au développement du secteur de la microfinance, et un accent particulier sur le renforcement des capacités des EMF en la matière », conclut le CNEF.

 

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