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« Un gain opérationnel pour le Cameroun »

Dr André Arnaud Enguene, enseignant-chercheur à la Faculté des sciences économiques et de gestion, Université de Yaoundé II-Soa.

Comment appréciez-vous la mise en œuvre du nou­ veau système de télécom­ pensation ? Le jugement doit se faire au regard de ce que SYSTAC 2 rem­ place. L’ancienne plateforme datait de 2007 et fonctionnait sur une architecture éclatée, chaque direction nationale de la BEAC abritant son propre centre de compensation, la compensation domestique restant cantonnée au niveau national. Le passage à une chambre de compensation unique et centralisée à l’échelle communautaire n’est donc pas une simple montée de version : c’est un changement de na­ ture. L’adoption de la norme ISO 20022 et l’accessibilité in­ tégrale en ligne alignent enfin la sous-région sur les standards internationaux. J’ajoute que quatre années de travaux menés avec les banques, les établis­ sements de microfinance et l’éditeur retenu témoignent d’une préparation sérieuse. La mise en œuvre me paraît maîtrisée sur le fond ; c’est sur le rythme de bascule des participants que la vigilance reste de mise. Des dysfonctionnements ont été observés après le lancement de cette plateforme, mais la BEAC se veut rassurante. À votre avis, à quelles conditions la transition entre les deux versions de SYSTAC peut- elle être efficace ? Toute migration d’infrastruc­ ture critique produit des frot­ tements en phase initiale et il serait imprudent de prétendre le contraire. Trois conditions me semblent déterminantes. D’abord la transparence. La communication officielle est restée évasive sur la nature précise des incidents signalés, ce qui alimente l’incertitude bien plus que ne le ferait un bilan technique documenté. Un rapport d’incidents publié à intervalle régulier vaudrait mieux qu’un discours de réas­ surance. Ensuite, la prépara­ tion des participants. Le goulot d’étranglement n’est presque jamais la plateforme centrale, mais l’adaptation des systèmes d’information des banques, la reprise des référentiels et la formation des équipes back-of­ fice au format ISO 20022. Un dispositif de repli opérationnel et des plans de continuité testés doivent accompagner cette phase. Enfin, la séquence. Le module de paiement instantané n’est pas encore opérationnel et son calendrier n’a pas été communiqué, tandis que SYG­ MA V10 est annoncé pour les prochaines semaines. Annoncer un calendrier ferme et le tenir constituerait le meilleur signal de crédibilité. Quels sont les avantages du SYSTAC 2 pour le Came­ roun en particulier et pour la CEMAC en général ? Pour le Cameroun, qui concentre l’essentiel des flux bancaires de la zone, le gain est d’abord opérationnel : des délais de compensation raccourcis li­ bèrent de la trésorerie pour les entreprises et fiabilisent le paiement des salaires et des fournisseurs publics. La plate­ forme traite les virements, les prélèvements, les chèques et les opérations par carte, soit le cœur des paiements de dé­ tail. Pour la CEMAC, l’apport est d’ordre structurel. La cen­ tralisation supprime une part des frictions transfrontalières qui pénalisaient les groupes bancaires r&eacut...

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