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« C’est un objectif stratégique »

Olivier Djaba, spécialiste en finance inclusive.

Quels sont les besoins qui peuvent justifier la mise en place d’un institut de formation aux métiers de la microfinance ? La création d’un institut profes­ sionnel dédié à la microfinance peut se justifier par l’évolution rapide et la complexité croissante du secteur. La microfinance, c’est un ensemble des métiers avec ses propres paradigmes. Au-delà des activités classiques de la collecte de l’épargne et à l’octroi de petits crédits. Elle intervient désormais dans le financement des PME, l’inclu­ sion financière, les services de paiement, la fi­ nance digitale, le financement agricole et, de plus en plus, dans la finance verte et inclusive. Cette évolution crée un besoin de profession­ nalisation plus poussée des mé­ tiers : analyse et gestion du risque de crédit, gestion de portefeuille, conformité à la lutte contre le blanchiment et le financement du terro­ risme, gouvernance, contrôle interne, audit, gestion des ac­ tifs et passifs, des liquidités, digitalisation, protection de la clientèle, finance agricole et accompagnement des PME. D’autres facteurs renforcent cette professionnalisation : la maîtrise du risque spécifique à l’informel, la transformation digitale et l’éducation financière des bénéficiaires. N’oublions pas que dans la SND30, la mise en place de cet Institut rentre dans les ambitions de l’Etat en matière de développement des capacités techniques dans les divers métiers spécialisés de la banque et de la finance. En outre, dans la Stratégie na­ tionale de la finance inclusive 2023-2027, l’amélioration de la professionnalisation du secteur de la microfinance est un objectif stratégique. Depuis quelques années, le secteur a connu la mise en administration provisoire de plusieurs EMF. Ce qui entraîne des exigences croissantes en matière de gouvernance, de maîtrise des risques, de contrôle interne, de conformité et de reporting, grâce à des nou­ veaux règlements entrés en vigueur. L’institut pourrait donc répondre à un besoin de formation spécialisée, conti­ nue et certifiante, construite autour des métiers réels de la microfinance et des exigences des autorités monétaires. Les formations actuelles aux métiers de la finance sont-elles inadaptées ou insuffisantes ? Il ne s’agit pas de remettre en cause la qualité académique de nos universités et grandes écoles, qui dispensent d’excel­ lentes bases en macroéconomie, comptabilité, finance générale et techniques bancaires. Le véritable sujet me semble plu­ tôt être celui de l’adéquation entre les formations générales et les compétences spécifiques requises par les établissements de microfinance. Les forma­ tions classiques sont souvent orientées vers la banque com­ merciale, les marchés financiers ou l’audit classique. De ce fait, lorsqu’un jeune diplômé intègre un EMF, il connaît la théorie financière, mais manque cruel­ lement des outils pratiques (par exemple, le montage d’un dossier de crédit solidaire, la descente sur le terrain dans les marchés, ou la gestion vi­ suelle de la performance en agence). Le personnel actuel a souvent été formé «sur le tas» pour une meilleure inté­ gration. Nous constatons au­ jourd’hui, lors des missions de renforcement de capacités, que de nombreux agents de crédit ou chefs d’agence ont besoin de mises à niveau pour passer d’une gestion empirique à une gestion véritablement aux standards de l’industrie financière. Il faut noter qu’il existe déjà des programmes de formation universitaire en cours et même des référen­ tiels de formation (profession­ nelle) déjà disponibles grâce aux partenaires techniques et financiers, à l’instar du référen­ tiel de formation sur le métier conseiller agri-f...

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