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« L’Afrique sera l’un des plus grands marchés du solaire »

Dr David Tsuanyo, expert en énergies renouvelables, conférencier au Solar Connect Africa.

Comment se porte le marché de l’énergie solaire en Afrique ? Le marché africain du solaire se porte mieux qu’il y a quelques années, mais il reste très en dessous de ce que devrait re­ présenter l’Afrique dans le pay­ sage énergétique mondial. C’est tout le paradoxe : nous sommes le continent le plus ensoleillé, avec une demande d’électricité immense, mais nous pesons en­ core très peu dans les capacités solaires installées. Selon l’Agence internationale des énergies re­ nouvelables (IRENA), l’Afrique comptait environ 22,2 GW de capacité solaire installée à fin 2025, contre près de 2 392 GW dans le monde. Nous sommes donc encore à moins de 1 % de la capacité solaire mondiale. Pourtant, les signaux de marché sont très clairs : les importations africaines de panneaux solaires ont atteint environ 15 GW sur les douze mois allant jusqu’en juin 2025, soit une hausse de 60 % en un an. Vingt-cinq pays africains avaient importé au moins 100 MW de panneaux, contre quinze seulement un an auparavant. Cela traduit une accélération réelle de la demande. Cette demande ne vient plus seulement des grands projets raccordés au réseau. Elle est aussi portée par les ménages, les entre­ prises, les industries, les télécommunications, les exploitations agricoles, les centres de santé, les écoles, les mini-réseaux et l’autoproduction. Dans beaucoup de pays, le so­ laire devient progressivement un choix économique et non plus seulement environnemental. Au Cameroun, cette dynamique est également visible. La capacité solaire installée y était à environ 90 MW à fin 2025. Cela reste modeste pour un pays qui béné­ ficie d’un bon ensoleillement et dont les besoins sont importants, mais la trajectoire est positive. Les principaux freins sont au­ jourd’hui moins technologiques que financiers, réglementaires et organisationnels. Ils concernent le coût du capital, la maturité insuffisante des projets, la qualité très variable des équipements, le manque de maintenance, la faible structuration du service après-vente, l’insuffisance des compétences spécialisées et par­ fois le manque de visibilité sur les règles applicables. Globalement, ce rythme est-il satisfaisant ? La dynamique est encourageante, mais le rythme n’est pas encore satisfaisant au regard de l’ur­ gence énergétique du continent. En 2025, le solaire représentait encore moins de 4 % de la pro­ duction d’électricité en Afrique. Dans le même temps, environ 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne vivaient encore sans accès à l’électricité. Le Cameroun illustre aussi ce contraste. Les données officielles situent l’accès national à l’élec­ tricité à environ 72 % en 2024. Mais derrière cette moyenne se cache une forte fracture terri­ toriale entre le milieu urbain et le milieu rural. Cela signifie que le défi n’est pas seulement de produire davantage d’électricité ; il faut aussi l’amener là où elle est nécessaire, avec une qualité de service acceptable et à un coût supportable. C’est ici que le solaire, associé au stockage et aux mini-réseaux, devient particulièrement intéressant. Il faut donc accélérer, mais aussi mieux déployer. Je préfère parler de qualité de service énergé­ tique plutôt que de mégawatts seuls. Une installation solaire qui tombe en panne faute de maintenance ou qui ne corres­ pond pas au besoin réel n’est pas une réussite. En revanche, une installation qui soutient une activité économique, améliore un service public ou augmente la résilience d’un territoire crée une valeur durable. Quelles pourront être les performances africaines? L’Afrique devrait progressive­ ment devenir l’un des plus grands marchés du solaire du monde. Elle dispose de la ressource, de la demande, d’un vaste marché de solutions décentralisées et d’une population jeune qui a be­ soin d’emplois, d’industries et de services modernes. Mais cette performance ne doit pas être seu­ lement quantitative. Nous devons évidemment installer beaucoup plus de capacités, développer le stockage et moderniser les réseaux. Mais nous devons aussi créer davantage de valeur en Afrique. Cela signifie développer l’ingénierie, l’assemblage lorsque cela est pertinent, les structures et équipements auxiliaires, les logiciels de gestion de l’énergie, l’installation, la maintenance, le recyclage, les services finan­ ciers et la formation. L’Afrique ne peut pas rester uniquement un marché d’importation de technologies finies. Au niveau continental, la Mission 300 vise à donner accès à l’électricité à 300 millions de personnes d’ici 2030. À mi-2026, plus de 50 mil­ lions de personnes avaient déjà été raccordées dans le cadre de cette dynamique. Cela montre qu’avec des objectifs clairs, de...

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