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« L’école d’aujourd’hui demande d’énormes moyens »

Augustin Ntchamande, consultant en éducation et secrétaire exécutif de l’Organisation nationale pour la promotion de l’éducation et le développement (Onaped).

Comment appréciez-vous l’évolution du coût de la rentrée scolaire ces cinq dernières années ? Si le prix des manuels scolaires est dans l’ensemble maîtrisé grâce au retour au livre unique, pluri annuel et à une mercu­ riale publique appliquée par les libraires, il n’en va pas de même pour les prix des tenues scolaires, des cahiers, des sacs et autres outils tels que les stylos à bille. Pour prendre un exemple concret, la célèbre marque de stylo à bille connue de tous est ainsi passée depuis deux ans de 100 F à 150 F. En 2023, c’est par un communiqué radio-presse que le ministre des Enseignements secondaires (Minesec) plafonnait les frais d’Association des parents d’élèves et d’enseignants (APEE) à 25 000 F, autorisant ainsi implicite­ ment même celles des APEE qui étaient largement en dessous de ce seuil, à s’y arrimer. Ce surenchérissement du coût de la rentrée scolaire est aggravé par d’autres frais non officiels et indus tels que les commis­ sions sur le paiement mobile des frais d’inscription et des examens officiels, le coût du transport des élèves par taxi et par moto, etc. Il y a aussi le fait que les établissements sco­ laires sont transformés surtout à la rentrée scolaire en centre d’affaires où tout est vendu. Le ministère du Commerce a beau interdire officiellement ces ventes illégales qui font une concurrence déloyale aux commerçants et prestataires de services, rien n’y fait. Vous trouverez exposés dans la qua­ si-totalité des structures scolaires des uniformes, des pull-over, des écussons, des tenues de sport, etc. Pour justifier ces pratiques qui éloignent de l’es­ sentiel, à savoir l’encadrement pédagogique des apprenants, les établissements scolaires prétextent vouloir faciliter la tâche aux parents d’élèves. Que dire de la hausse perpétuelle des frais de scolarité ? Le 17 août dernier, le Minesec, Pr Pauline Nalova Lyonga, a signé des arrêtés autorisant le mandatement des subven­ tions octroyés par l’Etat aux établissements scolaires et de formation privé d’enseignement général, technique et normal, pour un montant cumulé de 4,457 milliards de F (4 457 508 316 F). Il s’est agi pour le Minesec d’appliquer comme par le passé, certaines dispo­ sitions de la loi N°2004/022 et du décret N° 2008/3044 fixant les règles et les modalités re­ latives à l’organisation et au fonctionnement de l’enseigne­ ment privé au Cameroun et dont la finalité est de rétablir une certaine justice sociale entre les parents d’élèves du public et ceux du privé. Les établissements publics, quant à eux, continuent de recevoir des crédits délégués de l’Etat pour leur fonctionnement. Ces efforts financiers consentis sont certes louables, mais ils ne sont pas à la hauteur des énormes besoins de l’école au­ jourd’hui. Ces variations et ces hausses constatées sont donc simplement la résultante d’une privatisation du fonctionne­ ment des structures scolaires même publiques, ainsi que de la marchandisation de l’école dans son ensemble. Au-delà de ces épiphénomènes, c’est la question du financement de l’éducation qui se pose dans un pays où à peine 12,56% du budget de l’Etat y sont consacrés, soit environ 1,107 milliards de F (1 107 500 000 F) sur 8,816 milliards de F (8 816 400 000 F). Le ratio préconisé par l’Unesco est d’au moins 20% du budget des Etats. Qu’en est-il de l’évolution des subventions de l’Etat au secteur de l’éducation ? Il y a certes une augmentation des montants de ces subven­ tions. On constate en effet que le montant le plus élevé par établissement scolaire est d’en­ viron 4,5 millions de F (4 500 000 F) dans l’enseignement général et cinq millions de F pour l’enseignement technique. Mais ces sommes sont à peine suffisantes pour payer deux mois de charges salariales. Autant le dire, c’est une goutte d’eau dans l’océan des besoins réels de ces établissements secon­ daires privés où le niveau des salaires des personnels reste très bas, compte non tenu par ailleurs de leur irrégula­ rité. En effet, chaque année scolaire, les salaires cessent d’être versés par nombre de ces établissements secondaires entre mars et avril. Les mois de vacances sont blancs au plan salarial autant que l’af­ filiation à la CNPS demeure un luxe de privilégié pour la majorité des personnels. La solution n’est donc pas dans le subventionnement, mais dans une véritable...

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