Monsieur le président, com ment se porte la filière lait au Cameroun à ce jour ? La filière se porte assez bien. Elle est surtout engagée dans une dynamique de transformation et de croissance. Nous restons confrontés à des défis impor tants en matière de produc tion, d’alimentation du bétail, de collecte, de transformation et d’organisation du marché. Mais les actions engagées per mettent d’être raisonnablement optimistes. Sur le plan de la production, le Cameroun dis pose d’un potentiel important. La production nationale est passée de 170 000 à 200 000 tonnes par an, alors que les besoins nationaux sont estimés à 630 000 tonnes. Cela montre le déficit à combler, mais aussi l’immense opportunité pour les producteurs et investisseurs. Cette dynamique s’inscrit dans la vision du chef de l’État, en faveur d’une agriculture de deuxième génération, et dans la politique d’import-substi tution. Le Plan intégré d’im port-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH) et ses mécanismes de financement constituent une opportunité majeure. Un progrès majeur est la structuration des acteurs autour de l’OIP-LAIT-CAM, créée en septembre 2024. Une filière forte doit s’organiser autour d’un dialogue permanent entre producteurs, collecteurs, trans formateurs et distributeurs. Sur le terrain, on note : l’élaboration par le ministère de l’Elevage, du Plan national de dévelop pement de la filière laitière ; l’importation de 495 génisses Montbéliardes dans le cadre du PRODEL (Projet de déve loppement de l’élevage-Ndlr) pour l’amélioration génétique, l’intensification de l’insémination artificielle avec les vétérinaires privés, la CDEN (Caisse de dé veloppement de l’élevage du Nord-Ndlr) et la CDENO (Caisse de développement de l’élevage du Nord-Ndlr). Nous avons déjà des génisses de deuxième gé nération avec 15 kg de lait/jour en moyenne, la vulgarisation du fourrage Maralfalfa, avec 24 sites de multiplication lancés entre juin et août 2026 dans les trois principaux bassins laitiers, le renforcement de la laiterie de Ngaoundéré. Depuis la mise en œuvre de la politique d’import-subs titution, qu’est-ce qui a concrètement changé ? Nous constatons un changement réel. Le lait est désormais consi déré comme une filière stratégique. Concrètement, plusieurs actions ont été engagées pour réduire notre dépendance. En ce qui concerne la production, il y a des investisse ments publics, une amélioration génétique, des campagnes d’in sémination et la mise à disposition des 495 génisses Montbéliardes. Pour la transfor mation, on note la mise en service de la laiterie de Ngaoun déré qui permet de valoriser le lait cru local. Et du point de vue de l’accompagnement la filière reçoit un appui du MINEPIA et des partenaires (GIZ/PADER, AgSys, PAM) à travers la for mation, les équipements de traite et la chaîne de froid. Mais, il faut être clair : nous sommes encore en phase de transformation. Le PIISAH n’a pas encore permis de couvrir les 630 000 tonnes de besoins. C’est un processus progressif. Nous sommes passés d’une logique où l’on satisfaisait la demande par les importations, à une logique où la production et la transformation locales sont au cœur de la stratégie. L’enjeu aujourd’hui est de consolider : produire davan tage, assurer une collecte régulière et renforcer la transformation. Le lait produit localement est-il accessible à tous ? Les produits locaux restent compétitifs par rapport à ceux importés. Notre princi pal problème n’est pas le prix, c’est la visibilité. Beaucoup de consommateurs connaissent les marques importées, alors que les produits de nos laiteries locales restent insuffisamment connus. D’où la nécessité d’une véritable stratégie nationale de promotion du Made in Came roon, avec un meilleur condi tionnement, étiquetage et une disponibilité régulière. Pour les produits transformés comme le lait pasteurisé, les yaourts et le beurre, il est difficile de donner un prix national unique. Cela dépend du procédé, de l’emballage et du circuit de distri bution mais surtout des bassins de production, des saisons et des coûts de transport. Pour le lait cru payé au producteur, nous sommes sur un prix moyen relativement homogène autour de 300 F le kilogramme dans les principaux bassins. Quelles sont les perspec tives pour une filière plus compétitive face à la rude concurrence des marques importées ? La concurrence est réelle. Mais, elle doit nous pousser à nous améliorer. Le Cameroun a des atouts tel qu’un cheptel impor tant, des bassins bien identifiés, un savoir-faire et surtout un marché intérieur considérable. L’impact direct du PIISAH sur le PIB est déjà mesurable car, chaque litre produit localement, est un revenu pour l’éleveur, du travail pour les collecteurs, transformateurs et distributeurs. C’est de la valeur qui reste au Cameroun au lieu de sortir pour payer 80 milliards de F d’importations par an. C’est de l’emploi pour les jeunes et les femmes. Mais, il faut être lucide : on ne peut pas demander au consommateur de privilégier ...
- Fil Eco
- Enquête de la semaine
-
Marchés & FINANCES
-
Marchés
-
Finances
-
-
Cahiers de l'entreprise
-
Catégories
-
-
-
-
-
- Made in Cameroon
- Débats et analyses
- World Business
Commentaires