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« Cela permet de remonter jusqu’aux zones de braconnage»

Pr Alain Didier Missoup, co-auteur de l’étude et enseignant chercheur à l’Université de Douala.

Quelle contribution nouvelle ap­ porte cet outil dans la lutte contre le trafic de pangolins, notamment pour le Cameroun ? Avant de parler de l’outil, il faut comprendre ce qu’est l’ADN. Tout être vivant, qu’il s’agisse d’un être humain, d’un animal ou d’une plante, possède un ADN. On peut le compa­ rer à une carte d’identité naturelle qui contient toutes les informations propres à chaque individu et qui est transmise de génération en généra­ tion. Dans les enquêtes policières, l’ADN permet par exemple d’identi­ fier une personne ou de faire le lien entre un suspect et une scène de crime. Nous utilisons exactement le même principe pour les pangolins. À partir d’un petit fragment d’écaille, d’un morceau de viande, d’un os ou même d’une goutte de sang, nous pouvons analyser l’ADN du pan­ golin. Cette analyse nous permet d’abord de confirmer qu’il s’agit bien d’un pangolin et d’identifier son espèce, parce qu’il y en a trois au Cameroun : le pangolin à ventre blanc, le pangolin à ventre noir et le pangolin géant. Mais surtout, en comparant son ADN à celui de pan­ golins dont nous connaissons déjà la région d’origine, nous pouvons retrouver, dans de nombreux cas, la zone où cet animal a été capturé. Autrement dit, l’ADN raconte l’histoire du pangolin. Grâce à cet outil, une saisie réalisée sur un marché, dans un port ou à un aéroport ne constitue plus seulement une preuve de trafic. Elle devient également une source d’informations qui permet de remonter jusqu’aux zones de braconnage, de comprendre les itinéraires empruntés par les trafiquants et même d’établir des liens entre différentes saisies. Nos recherches ont par exemple montré que certains pangolins vendus sur les marchés camerounais avaient été capturés à plus de 600 kilomètres de leur lieu de vente. Elles ont également identifié Yaoundé comme l’un des principaux centres de redistribution du commerce des pangolins en Afrique centrale et mis en évidence plusieurs régions forestières du Cameroun qui alimentent ce trafic, ainsi qu’un trafic à l’échelle sous régionale, impliquant un pays voisin, notamment la guinée équatoriale. Ces informations sont précieuses, car elles permettent aux autorités de concentrer leurs moyens de surveillance sur les zones les plus concernées et d’agir de manière beaucoup plus efficace. Comment démocratiser son utilisation et le déployer à grande échelle ? Pour que cet outil bénéficie réellement à la conservation, il faut qu’il puisse être utilisé par les institutions char­ gées de protéger la faune sauvage. La première étape consiste à renforcer les capacités des laboratoires au Ca­ meroun afin que les analyses d’ADN puissent être réalisées localement, sans devoir envoyer les échantillons à l’étranger. Cela permettra d’obte­ nir des résultats plus rapidement, à moindre coût, et de répondre plus efficacement aux besoins des auto­ rités. Il est également important de former les agents des eaux et forêts, les douaniers, les policiers, les ma­ gistrats et les techniciens afin qu’ils sachent prélever correctement les échantillons et utiliser les résultats dans les enquêtes judiciaires. Une autre priorité est de constituer pro­ gressivement une grande base de données de référence contenant les profils ADN de pangolins provenant de toutes les régions du Cameroun et, à terme, de l’ensemble de l’Afrique centrale. Plus cette base sera riche, plus il sera facile de retrouver l’origine des animaux saisis et de suivre les déplacements des réseaux de trafic. Enfin, les trafiquants ne s’ar...

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