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« Il faut innover pour avoir des profils compétitifs »

Jeanine Eba Ngo’o, directeur de la Régulation de la main d’œuvre au Minefop.

Comment appréciez-vous la situation du marché de l’emploi au Cameroun où plus de 10 000 étrangers en situation irrégulier sont recensés ?

Nous pensons que cette situation est préjudiciable à la jeunesse camerounaise qui a un taux de chômage élevé. C’est d’autant plus regrettable que ces étrangers-là entrent de manière irrégulière sur le territoire national. Nous ne savons pas s’ils sont vraiment des travailleurs qualifiés, s’ils viennent pour travailler ou pour autre chose.

Comment en est-on arrivé là ?

Le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop) n’est pas la seule instance qui autorise le séjour des étrangers au Cameroun. Cette attribution incombe à titre principal et de manières générales à la Délégation générale de la sureté nationale (DGSN) à travers ses services d’émi-immigration. Ceux qui relèvent de sa compétence sont des travailleurs considérés comme tels au titre de l’article 1er du Code du travail, c’est-à-dire qu’ils sont liés à leur employeur par un contrat de travail et rémunérés mensuellement. Ce sont ceux-là qui sollicitent l’autorisation de travailler au Minefop. C’est muni de ce visa qu’ils obtiennent un visa long séjour, une carte de séjour, une carte de résident. Mais, de nombreux étrangers viennent et ne déclarent pas à la DGSN qu’ils sont des travailleurs. Ils viennent comme hommes d’affaires, investisseurs, touristes, etc., et une fois sur le territoire ils se mettent à travailler de manière illégale.

Comment le ministère a-t-il obtenu ces chiffres ?

Depuis des années nous menons des enquêtes. On a un fichier des expatriés qui est en cours de constitution. La Banque mondiale a décidé de financer la formation professionnelle des Camerounais. Et pour cela, elle exige que tous les projets qu’elle finance aient des travailleurs expatriés ayant des visas délivrés par le ministère de l’Emploi, donc en situation régulière. Parce qu’ils comprennent que le Minefop ne va pas délivrer un visa sans solliciter au préalable un dispositif de transferts de compétences et de technologies. La plupart des projets déclarent leur main-d’œuvre à l’arrivée et au niveau des différentes instances y compris au Minrex. Et nous avons ces données.

Quels sont les principaux secteurs concernés par cette situation ?

Tous les secteurs porteurs de croissance et d’emplois à savoir le bâtiment et les travaux publics, et tous les grands projets qui s’inscrivent dans la politique de grandes réalisations du chef de l’Etat : la construction de routes, les barrages hydroélectriques, l’exploitation minière, le secteur pétrolier. Ce sont tous ces grands projets qui font recours à une abondante main d’œuvre de nationalité étrangère. On ne peut pas accuser uniquement nos partenaires extérieurs. Le ministre Issa Tchiroma l’a toujours dit, beaucoup de Camerounais suivent des formations générales, or ces grands projets requièrent une expertise technique dont ne sont pas détenteurs les Camerounais. Ce qui fait qu’ils sont obligés de rechercher une main d’œuvre qualifiée et compétente ailleurs à notre détriment. Nous lançons des projets, mais la plupart de nos jeunes restent au chômage faute de qualifications parce qu’ils n’ont pas le savoir-faire. Même lorsque les profils recherchés sont disponibles, ils ne sont pas aux normes. Il faut de la recherche et de l’innovation dans le secteur de la formation professionnelle pour que nos produits soient de qualité et compétitifs au niveau international et que les investisseurs qui viennent chez nous n’aient pas peur de travailler avec les jeunes Camerounais.

Qu’est-ce que la loi dit par rapport au recrutement des étrangers au Cameroun ?

La loi, notamment le code du travail, en lien avec les prescriptions de l’Organisation internationale du travail (OIT) dit que : tout travailleur de nationalité étrangère qui souhaite travailler dans un pays d’accueil doit solliciter au préalable une autorisation. Les anglophones appellent cela le « work permit ». Il doit le solliciter auprès des autorités compétentes en charge des questions d’emploi. C’est cette loi que nous appliquons ici au Cameroun. C’est l’article 27 du code du travail alinéa 2 qui dit que tout étranger désirant exercer une activité professionnelle au Cameroun doit avant tout commencement d’exécution de son contrat de travail solliciter le visa du ministre chargé des questions de l’emploi. Cette demande est introduite par son employeur. Si le visa est refusé, le cont...

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