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2000 trous à ciel ouvert

Ces ouvertures constituent une menace pour les populations riveraines et l’environnement.

1 6 juin 2021. Mercredi noir à Colomine. Un plongeur perd la vie sur le site minier de Kwesse, aux abords de la rivière Kadeï. Au cours de la même journée, une fillette de neuf ans décède dans la même zone des suites de noyade, après être tombée dans un trou alors qu’elle allait puiser de l’eau à boire. Des cas comme ceux-là sont légion dans la localité. A la chefferie traditionnelle de Colomine, l’on confie que depuis le début de l’année en cours, 18 personnes sont décédées à cause de la mine. En outre, rien qu’en zone urbaine, pas moins de 2000 trous ont été recensées par la chefferie. Le maire de Ngoura dit garder encore en souvenir un trou situé derrière le Complexe Ossoko, qui a déjà tué 20 enfants. Ces trous seraient creusés par les sociétés chinoises, fait-on savoir dans le coin. A Colomine, on n’a pas besoin de parcourir de longues distances pour accéder aux sites miniers. Ils sont situés juste derrière les maisons d’habitation. Il est difficile de parcourir 100 m sans rencontrer un trou, même en zone urbaine. Les populations du quartier Pangara situé à 100 m de la route principale, vivent avec la peur au ventre. Une société dont l’identité n’a pas été révélée y a creusé un trou de plus de 200 m de profondeur. L’entreprise est partie en avril dernier sans refermer le trou. Mohamadou Laminou, commerçant de 35 ans, a construit dans la zone il y a six ans à hauteur de 20 millions de F. Aujourd’hui, sa maison est à 100 m du trou. Avec 14 personnes à sa charge, il craint le pire. « Je cherche un autre terrain ailleurs pour partir, mais je ne trouve pas », s’alarme-t-il. L’environnement immédiat des sites miniers est menacé. Selon Marc Anselme Kamga, assistant de recherche au Centre pour l’environnement et le développement (CED), le couvert forestier a séché. L’étendue des trous miniers abandonnés a poussé les éleveurs à quitter le village. Toutes les voies de transhumance ont été coupées. S.M. Haito déplore un problème d’approvisionnement en eau qui entraîne des maladies comme la typhoïde, le paludisme. Le déversement du mercure dans la nature a souillé les eaux. Les accaparements de terre sont aussi devenus monnaie courante. Entre 2014 et 2021, une trentaine de sociétés minières se sont succédées à Colomine, précise Marc Kamga. Ces entreprises, argue-t-il, utilisent un permis de recherche appelé dans la localité « permis Colomine ». « Lorsqu’on donne des autorisations aux Camerounais, ils font appel à des partenaires technico-financiers qui sont pour la plupart des Chinois et des Coréens et qui font carrément de la petite mine à l’aide d’engins lourds », relate Marc Kamga. Sur le terrain, les sociétés minières détournent notamment le lit principal de la Kadeï qui va inonder les habitats et détruire les champs, exposant à des risques d’insécurité alimentaire. Les poissons de la rivière présentent également des traces sur les écailles appelées « Ebola ». Menaces sur la petite mine Depuis le 20 juin dernier, une équipe est sur le terrain à Colomine pour identifier les domiciles qui seront déguerpies dans le cadre d’un projet de petite mine en cours à Colomine. Une opération similaire avait déjà été engagée fin novembre 2020. Près de 3400 maisons ont déjà été identifiées. L’autorité traditionnelle a été saisie pour préparer un site de recasement des personnes qui seront déguerpies. Dans la localité, les populations disent ne pas voir de force ni de moyens pour s’opposer à un tel projet qu’ils estiment « sensible ». Le 29 novembre 2019, la société Codias S.A, a signé avec le ministère en charge des mines (Minmidt), une convention relative à l’exploitation de la petite mine d’or de Colomine. Le projet dont l’investissement est estimé à 40 milliards de F prévoit de générer 500 emplois directs et plus de 1500 autres indirects.

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